Trois comédiennes à propos de « Goodbye Pénélope »

Il y a quelques semaines, j’ai demandé à Jeanne Peltier Lanovsky, Ela Przekaza et Derya Aydin, les trois comédiennes de la Compagnie Sostanza qui ont joué et jouent encore la pièce Goodbye Pénélope d’Elyssa Leydet Brunel, d’écrire un texte sur ce que représente, pour chacune d’elles, la figure de Pénélope.

Elles ont écrit sur la filiation, les racines, le désir de tout quitter et l’envie de s’enraciner quelque part. Dans ces trois textes, que je vous propose à votre tour de lire, on comprend que Pénélope est un peu en chacun.e de nous, avec ses paradoxes et ses évidences, qui nous traversent aussi.

GOOD_texte1« Être à l’endroit où on l’attend. Se conformer à ce qu’elle imagine qu’on attend d’elle. Faire passer les désirs de ceux qui l’entourent toujours avant les siens.

Voilà ce qui définit Pénélope au début de la pièce, pour moi. En évitant de faire des choix qui lui appartiennent pleinement, en ne sachant pas comment tracer sa propre route, elle préfère répondre aux désirs des autres, être là où les gens jugent bon qu’elle se trouve plutôt que de se battre pour affirmer ses besoins et ses rêves. À force de temps passé à se rendre disponible pour les autres, ses désirs se sont perdus dans ceux des autres. Faire un choix, pour elle, pour sa propre vie, devient impossible.

Le personnage que j’interprète est très proche de celui de Pénélope, dans la leur relation et dans son vécu personnel. Comme une Pénélope avec dix ans de plus, ou plutôt dix décisions de plus. Elle comprend parfaitement ce que traverse Pénélope, elle a déjà été à cette place, et déploie toutes les techniques possibles pour la faire parler ou la rassurer, pour l’aider à s’émanciper. Cette femme-là est également une universitaire qui se sert de ses connaissances pour se raconter des histoires à elle-même mais aussi aux autres.

Lorsque j’ai lu Goodbye Pénélope pour la première fois, une étrange sensation de familiarité m’a parcourue et profondément émue. Comme si, tout à coup, quelqu’un avait écrit ce qui se passait en moi depuis tant de temps. Par la simplicité qui crée sa poésie, le texte d’Elyssa a déclenché en moi une envie de travail au plateau très puissante. La Méditerranée, les histoires de famille, le café, celui qu’on prend pour discuter ou celui qu’on prend comme excuse pour regarder passer la vie avec douceur, les conversations autour de l’héritage familial et les grandes théories sur l’origine des choses, et puis, finalement, se laver dans l’eau de la mer ou dans la bassine de linge avec ses sœurs, ses amies, et d’autres fois seule, avec ses pensées. »

Jeanne Peltier Lanovsky, comédienne (@jeannepl)

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« Pénélope, elle est une petite partie de moi, de loin ou de près, comme quelque chose qui rebondit dans mon « dedans ».

Elle incarne la question de la prise de décision… « Décision », rien que le mot impacte,   non ? Elle est les peurs et les doutes que j’ai, de m’écouter, d’écouter les autres, d’agir. Elle est cette chose qui brûle à l’interieur, elle est aussi cette sensation de parfois se sentir incomprise.

Le personnage que j’incarne, une des femmes, est une autre petite voix, qui me ressemble aussi et que je ressens aussi proche de moi que celle de Pénélope. Elle est dans la continuité de celle que je suis dans la vie, je dirais… Car j’ai presque l’impression de ne pas interpréter cette femme. Le chemin qu’elle parcourt pourrait d’une certaine façon être celui qui se dessine dans ma tête. Ça demande une réelle réflexion pour comprendre et suivre cette femme qui accompagne Pénélope, réflexion qui se traduit par le travail au plateau, mais qui se poursuit dans ma vie quotidienne aussi.

Goodbye Pénélope c’est pour moi comme un bouquet.

Amoureuse de l’écriture d’Elyssa et de la poésie qu’elle met dans ce qu’elle réalise, ces mots me font écho, et me parlent profondément. Les thèmes de la famille, des racines, m’émeuvent intimement.

Je suis également attachée à ce qui se passe dans ce chœur, entre nous quatre. On dirait des soeurs, des amies, des inconnues qui se retrouvent, peu importe… L’idée qu’on soit dans le partage, ensemble, sur scène et en dehors, provoque une petite fierté chez moi.

Je la vois comme une pièce pleine d’humanité, où chacun peut s’identifier à Pénélope, à une des femmes, à un épisode, un moment, à une chanson, ou à une image, et c’est un bonheur de pouvoir la raconter. »

Ela Przekaza, comédienne (@kazalae)

PENELOPE_texte3« Quand on lit ou qu’on entend le prénom « Pénélope », on pense tout de suite au mythe grec. Et on imagine cette épouse qui attend son mari. Tissant tout le jour, détissant toute la nuit son travail pour se jouer des prétendants venus lui demander sa main. Elle met en place une forme de résistance face aux contraintes des conventions sociales. Elle attend, pendant vingt ans, le retour de son mari. Ce temps suspendu devient son plus fidèle compagnon.

La Pénélope revue ici, à notre époque, nous questionne sur notre place de femme, et sur notre place dans le monde. Quels choix se posent à nous ? Rester ou partir ? Peut-on rester fidèle à nous-même dans tous les choix que nous faisons, malgré les codes moraux, sociaux ou familiaux avec lesquels nous avons été éduqués ? Je crois que la Pénélope de la pièce existe un peu en chacun.e de nous, de par son histoire, elle nous guide (ou nous a guidé.e.s) à certains moments de notre vie.

Les quatre femmes de la pièce me touchent par leurs contradictions, par leur fragilité, par leur solidarité tissée de l’amitié qu’elles se portent les unes pour les autres. Mon personnage à moi, dans le chœur des femmes, est colorée d’une naissance en Allemagne, d’une enfance kurde en Turquie, et d’une migration en France, à la frontière de plusieurs langues, cultures et territoires singuliers.

La question principale de la pièce, qui en devient le fil rouge, c’est comment et pourquoi on décide de rester ou de partir. Parfois on a juste pas le choix. Et dans ce non-choix, on passe par d’autres chemins, qui nous demandent d’autres prises décisions. Cette réécriture de Pénélope fait écho à mon propre parcours. Je ne sais pas rester, je ne sais que partir, et j’aimerais apprendre à m’enraciner un peu plus. Mais par quels moyens, et dans quel but ? Tel est le sens de ma danse intérieur lorsque je suis sur le plateau. »

Derya Aydin, comédienne.

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Participez au financement participatif du premier livre des grands sables !

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Le financement participatif pour le premier livre en carton des grands sables est lancé !

En choisissant la formule de votre choix (plusieurs contreparties sont possibles), vous participez à financer l’impression et la fabrication du livre Goodbye Pénélope d’Elyssa Leydet Brunel. De nombreuses petites surprises vous attendent (jolis totes-bags imprimés en coton BIO made in France, cartes et marques-pages, etc.).

Rendez-vous sur la plateforme Ulule, au lien suivant : https://fr.ulule.com/goodbye-penelope/

Tout  y est détaillé et expliqué, de la genèse du projet des grands sables, en passant par la rencontre avec le texte Goodbye Pénélope d’Elyssa Leydet Brunel, jusqu’à la fabrication des exemplaires de ce premier livre en carton.

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Merci pour votre soutien 💙

Goodbye Pénélope – Elyssa Leydet Brunel

comm_FB_PenelopeJe suis très heureuse de vous faire découvrir le premier texte qui sera publié en avril prochain aux éditions les grands sables !

Il s’agit d’une pièce de théâtre écrite par Elyssa Leydet Brunel, qui est aussi comédienne et metteuse en scène.
C’est une pièce forte, qui reprend la figure mythologique de Pénélope pour questionner notre liberté : celle de partir, celle de rester.

🌊
Ce texte aux accents italiens mêle les histoires et les rêves de quatre femmes ancrées à cette terre qu’elles ont parfois quittée, à laquelle elles sont toujours revenues, et qui a nourri, en chacune d’elles, des envies d’ailleurs.
🌊
Ces femmes portent en elles le poids des racines, ce lourd héritage qui nous pèse certains jours et nous retient près de la rive et qui nous donne, les jours meilleurs, le courage de prendre le large.
🌊

Goodbye Pénélope a été créée le 14 décembre 2018 au Théâtre des Ateliers à Aix-en-Provence, avec les quatre comédiennes qui ont participé à la genèse du texte : Derya Aydin, Floriane Fontan, Jeanne Peltier-Lanovsky et Ela Przekaza. La pièce a également été jouée à Tunis et à Turin. Elle sera représentée à Marseille, au Théâtre des Argonautes, les 29 et 30 mars prochains.

EXTRAIT Goodbye Pénélope, Elyssa Leydet Brunel : 

Femme 3

il y en a une qui n’est jamais partie c’est Pénélope

Pénélope

arrête avec ça

pourquoi faudrait-il partir pourquoi ce fantasme du départ de la fille qui part la fille qui part oh regardez elle le fait elle part elle plaque tout et elle s’en va ça n’a plus aucun sens maintenant c’est fini maintenant

Femme 1

je pense qu’avant c’était plus simple de partir c’était plus simple parce que la mer était complètement desséchée et qu’on pouvait s’en aller à pied spontanément

pas de traversée à préparer

pas de bateau à prendre

on pouvait partir quand on voulait à pied juste traverser la mer comme une vallée

Pénélope

mais ça c’était il y a longtemps ça

Liens utiles :

Exposition-vente «Petits formats et objets d’artistes»

exposition_decembre2018

Ça c’est décidé tardivement, et tout s’est fait dans le tourbillon créatif que l’on aime : je participe à l’exposition-vente « Petits formats et objets d’artistes » qui durera tout ce week-end (du 7 au 9 décembre), et qui ouvre ses portes dès ce soir, 17 heures !

J’ai fabriqué pour l’occasion des cartes et des carnets sur le thème du cosmos, en m’inspirant de ce que l’on voit briller là-haut. J’ai pensé chaque carte pour qu’elles se déplient comme des secrets, et les carnets, eux, filent des étoiles pour que vous puissiez y écrire vos vœux.

Je suis entourée du plus sympa des collectif d’artistes de Versailles, alors venez nous rendre visite !

Accès : 20 rue François Boucher

En bus, prendre les lignes C (arrêt Petit Bois), D et O (arrêt Grand Siècle), U (arrêt Chaleil).

En train, prendre la ligne L, arrêt gare de Montreuil.

Horaires :

  • vendredi : 17 heures à 21 heures
  • samedi : 11 heures à 19 heures
  • dimanche : 11 heures à 15 heures

 

atelier au Répar’Café – 25 novembre 2018

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Le 25 novembre 2018 à partir de 14 heures, rendez-vous à la salle Tassencourt à Versailles ! Dans le cadre de la semaine nationale Zéro Déchet, un Répar’Café est organisé par les associations locales et leurs bénévoles.

Venez prendre un café en notre compagnie, et apprenez comment réparer vos objets. Vous pourrez également participer aux ateliers qui vous seront proposés.

Avec les grands sables, vous fabriquerez des marques-page pour les plus petits et des cartes postales pour les plus grands, le tout en carton recyclé.

Vous retrouverez aussi sur le stand tous les carnets, cartes postales et enveloppes à prix doux, fabriqués avec soin et amour, pour vos futurs cadeaux de Noël et missives étoilées de fin d’année !

Retrouvez tout le programme ici :

https://www.facebook.com/events/281324619167817/permalink/301383463828599/

L’évènement des grands sables :

https://www.facebook.com/events/569023756878778/

Infos pratiques :

Horaires : dimanche 25 novembre 2018 de 14h à 17h

Lieu : Salle Tassencourt – 7 bis rue Pierre Lescot, 78000 Versailles

Y aller : Gare Versailles Rive Droite et bus A et B.

appel à textes

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Cher.e.s auteur.rice.s de tous pays, 

vous aimez le carton,

vous aimez les livres, 

vous aimez écrire ou dessiner, 

répondez à l’appel à textes des grands sables !

La micro maison d’édition de livres aux couvertures en carton recyclé propose d’éditer des contes pour enfants ou adultes. Les textes sélectionnés seront imprimés, numérotés et façonnés à la main.

Libre à vous de vous inspirez de contes anciens, d’ici ou d’ailleurs, de légendes oubliées, ou d’imaginer les fables de demain.

Date limite de rendu pour les contributions : 1er décembre 2018